« Chuuut, ne fais pas de bruit et cache toi bien, il arrive. »
« J’ai peur. »
Des pleurs en silence.
« Cours, dépêche toi, il est à nos trousses ! »
« Non, nooooon, pitié, épargnez moi, je suis innocent ! »
Silence.
C’est l’histoire d’un monstre, comme dans les contes et la mythologie, qui a pour mission, je dirai même essence, de créer le chaos, diffuser la terreur. Son but : nourrir son plaisir égoïste.
Le plus effrayant des monstres de mon enfance était l’ogre, en Afrique du Nord nommé « el ghoul », très présent dans les histoires racontées lors des veillées d’été, entre peur et amusement ou encore « invité » par les adultes pour menacer l’enfant récalcitrant face à son repas ou au sommeil…
L’ogre, ce monstre géant, se nourrissant de chair humaine, notamment celle de la chair fraîche des enfants, est l’héritier du dieu grec Chronos, qui dévorait ses propres enfants. Souvent il voit mal, mais possède un flair solide. Evidemment, la vue importe peu, tant que le repas est servi. Tel un animal sauvage, au comportement bestial, il ne souhaite assouvir que ses désirs transgressifs.
« Où sont les petits enfants que je les croque à belles dents ? Il m’en faut tant et tant et tant que le monde n’est suffisant » chante Galifron dans La Belle aux cheveux d’or de Mme d’Aulnoy.
Cette « faim de loup », désordre alimentaire, jamais rassasiée.
« A la fois image de l’Autre absolu et figure terrifiante du Moi sauvage et barbare, l’image de l’ogre hante les esprits et illustre les rapports ambivalents entre parents et enfants ». Il est le miroir de nos angoisses collectives et individuelles.
Et pourtant, malgré la force et l’apparence physique impressionnante, l’ogre est vulnérable. Vaincu grâce à l’intelligence du héros, traditionnellement plus petit, plus faible, l’ogre s’effondre et laisse place à la délivrance et à la joie.
Dénouement heureux, après bien des pertes, des disparus à jamais.
Quels est la forme de nos ogres des temps modernes ? Quels ont été vos ogres ? En avoir croisé un seul est déjà ravageur n’est-ce pas ? Dans sa sphère personnelle, dans son parcours professionnel, cet ogre peut aussi désigner tout un système : – une organisation dysfonctionnelle où la culture est in/consciemment basée sur les valeurs de terreur, de violence, d’intimidation et d’irrespect, – ou encore un modèle, une philosophie, un courant adoptant la loi du plus fort, pour piétiner avec outrance et injustice les valeurs humanistes. Et pourtant, en même temps, ces dernières sont clamées avec force et les ambassadeurs tentent désespérément d’en être les gardiens (mensongés, lâches voire manipulateurs).
Paradoxal. Réel. Nous ressentons au plus profond de nous-mêmes cette incohérence, ce faux-semblant. Le malaise s’installe, durablement, déstabilisant et entravant.
Entre impuissance et colère, quel est l’espace offert pour agir, dire stop et sanctionner ?
Le courage.
Tout commence avec cette vertu cardinale, parmi les 4 : prudence, tempérance, force (d’âme, permettant de surmonter la peur = le courage) et justice.
Le courage de voir la réalité et de la nommer telle qu’elle est.
Le courage de s’affirmer et de rester fidèle à ses valeurs, à ses principes, à la loi, malgré la peur.
Le courage de renverser le statu quo, de dénoncer les abus de pouvoir et de confronter les puissants.
Les confronter à leurs égarements, leurs fautes et leurs responsabilités.
Le Courage trouve sa racine dans le mot Cœur : comment orienter notre cœur pour faire triompher l’Humanité ?
Ensemble, car à la différence des héros des contes et mythes, nous avons cette capacité de nous unir contre.
Le courage alors d’être ensemble, solidaire en conscience afin de rétablir la justice, et accueillir la paix comme il se doit.
Faire le choix assumé de se tenir comme un seul corps face à l’inacceptable, voire l’atrocité.
A tous les Petit Poucet, Chat Potté, femmes et hommes qui se reconnaissent dans cette figure du héros combattant pour sa survie et celle des autres, la justice et la paix, je vous souhaite du courage.
Pour aller plus loin, je vous invite à (re)voir (Ted talk)/ re(lire) « Le pouvoir de la vulnérabilité » de Brené Brown – Chercheuse-conteuse « Researcher-storyteller », comme elle aime se définir.
Origine Humaine















